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11.07.2008

Paroles de maire

Sélectionnés sur wikio, quelques passages d'un entretien très intéressant avec Leonardo Marone, maire d'une commune de l'agglomération milanaise. Son parcours est celui d'un maire socialiste des années 80 qui reviendrait aux manettes 20 ans plus tard sous les couleurs du MPF... Un document instructif sur la situation politique transalpine et, surtout, un encouragement utile à l’action locale.

 

M. le Maire, pouvez-vous nous présenter votre commune ?

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LM : Garbagnate est une ville de près de 30 000 habitants, de la banlieue nord de Milan, porte d’entrée du Parc des Groane pour les Milanais. En 1800, Garbagnate était un paisible village de paysans cultivant le blé et le ver à soie. En 1920, c’est le premier essor du village, avec l’ouverture d’un sanatorium qui accueillera bien vite plus de 1000 tuberculeux et comptera jusqu’à 400 infirmières. L’air de Garbagnate est alors réputé pour sa qualité. Dans les années 40, Garbagnate, dont la terre regorge d’un argile ferreux propice à la fabrication de briques, voit pousser les briqueteries. Une bonne partie du Milan de l’après-guerre sera construit en briques de Garbagnate. Dans le même temps, chaque famille de Garbagnate a dans sa cave un métier à tisser pour la production de bas. Les maris mettent le métier en marche le matin et les épouses n’ont qu’à l’approvisionner en fil dans la journée. Pour la petite histoire, j’ai financé une bonne partie de mes études en vendant les bas de Garbagnate à mes collègues étudiantes.

Enfin, en 1960, c’est l’arrivée d’Alfa Romeo qui va doper la commune. De 5000 personnes en 1950, la population de Garbagnate ne va cesser de croître pour en compter près de 30 000 aujourd’hui… Même si l’âge d’or d’Alfa n’aura réellement duré que 20 ans, il aura considérablement marqué Garbagnate.

 

Vous avez été élu en 2007 à la tête d’une liste civique de centre-droit, appuyée par Forza Italia, AN et la Lega Nord, mettant fin à près de 40 années de gestion de gauche. Mais ce n’est pas votre premier mandat puisque vous avez déjà été maire de Garbagnate, de 1980 à 1985… sous l’étiquette socialiste ! C’est un parcours peu banal, pouvez-vous nous le détailler ?


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LM : J’ai en effet été élu maire une première fois en 1980, à la tête d’une coalition socialo-communiste. Mais, en 1985, alors que j’avais porté le parti socialiste à 27%, j’ai été victime de la défection du PCI qui a fait alliance dans mon dos avec la Démocratie chrétienne… Je suis sorti de cette expérience profondément meurtri et amer quant à la qualité du personnel politique. Comme une opportunité professionnelle se présentait à moi, j’ai alors abandonné la politique pour m’investir pleinement dans la direction d’une usine de plasturgie.
 

Ce que vous avez fait jusqu’au début des années 90 avant de racheter un fabricant de résistances électriques et bougies de préchauffage pour l’automobile. Entreprise que vous avez développée et dont vous avez ensuite transmis la gestion à vos fils. Et, pendant tout ce temps, vous n’avez plus exercé de responsabilités politiques ?

LM : Aucune.

 
Qu’est-ce qui a fait, alors, que l’on vous retrouve tête de liste aux municipales en 2007 ? Dans un camp, de surcroît, opposé à celui qui était le vôtre en 1980 ?

logoGroane.jpg LM : Tout d’abord, j’ai toujours gardé un rôle actif dans la sphère associative, tout au long de mon parcours de chef d’entreprise. En 2003, en plus de mon implication dans diverses associations, notamment professionnelles et culturelles, je suis devenu président du Rotary local. À cette occasion, j’ai pu mesurer que beaucoup d’habitants avaient encore confiance en moi, 20 ans après mon premier mandat. Et, peu à peu, je me suis épris de nouveau de l’action politique.

Ensuite, il faut bien comprendre que pendant ces 20 ans loin de la vie politique, le paysage électoral italien a considérablement évolué. Les partis de l’après-guerre ont été liquidés et sont apparues de nouvelles réalités, pour aboutir aujourd’hui au Peuple des Libertés et au Parti Démocratique. Et les lignes de partage ont évolué, même si certains Italiens sont restés figés dans leurs certitudes idéologiques.

Pour ma part, j’avoue avoir ouvert les yeux sur la faillite de la gauche. La gauche a prétendu faire table rase du passé, a sapé les fondements traditionnels de la société - en commençant par la famille (*), l’éducation et la justice - et n’a proposé aucune alternative. Cette gauche, qui a remis en cause tout ce qui fondait notre société, a en particulier ruiné le principe d’autorité. En échange, elle n’a rien su nous proposer d’autre que le laxisme et la permissivité.

Si je suis dorénavant à la tête d’une municipalité de centre-droit, c’est parce que j’ai compris que la mission prioritaire qui incombe aujourd’hui aux hommes politiques est de restaurer l’autorité et la justice comme piliers de notre société. Une mission qui passe par un travail d’éducation important. Or ce travail d’éducation, il doit être mené aussi bien sur le plan familial et scolaire que juridique et politique.

Il n’est pas normal que celui qui enfreint la loi n’ait pas conscience de sa culpabilité tout simplement parce qu’il a perdu la notion du bien et du mal et qu’il échappe dans 9 cas sur 10 à la sanction. En ce sens, il me semble essentiel de revenir aux règles de base de notre vivre-ensemble, telles que nous les avons héritées de la tradition catholique.

Sans un socle de valeurs fortement partagées, une communauté ne peut se développer harmonieusement.
 
 
Mais que peut un maire pour contribuer à restaurer ces valeurs ?

LM : Un maire peut beaucoup. Il est le « premier citoyen ». Il a valeur d’exemple et est un modèle pour bon nombre de ses administrés. Par sa conduite et son discours, il peut donner la direction à suivre, tracer la route. Un maire n’est pas là que pour gérer le quotidien, il a aussi pour fonction de dessiner l’avenir.

En outre, le maire peut influencer les autres responsables politiques, leur rappeler leurs engagements et les attentes des citoyens. Nous avons une grande responsabilité.

 
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(...)

M. le Maire, un dernier point sur lequel je souhaiterais vous entendre, est celui de la famille. Comme vous l’avez évoqué tout à l’heure, la gauche a voulu détruire la famille et il faut hélas reconnaître qu’elle y est presque parvenue. En Italie, le modèle familial est en effet réduit à sa plus simple expression, celle de l’enfant unique. Or qui dit enfant unique dit enfant-roi, donc peu préparé à l’exercice de la vie en société qui implique respect du prochain, goût de l’effort collectif et sens de la solidarité ; et qui dit enfant unique dit non-renouvellement des générations, péril démographique et légitimation implicite du recours à l’immigration. Partagez-vous ce constat et comment pouvez-vous, en tant que maire, agir pour contribuer à modifier cet état de fait ?

LM : Vous mettez là le doigt sur un des problèmes majeurs de l’Italie. Et qui, effectivement, en conditionne de nombreux autres. L’une des réponses que les élus peuvent y apporter est de donner plus de possibilités aux femmes qui travaillent d’assurer la garde et l’éducation de leurs enfants. Quand j’étais entrepreneur, je me suis beaucoup impliqué dans la création de crèches d’entreprise. Et je continue à soutenir le développement des solutions d’accueil pour les enfants en bas âge, si possible en partenariat avec les employeurs.

Il faut penser la ville en tenant compte de cet impératif familial. Plus la vie des familles sera facilitée, moins les couples hésiteront à avoir d’autres enfants. Au niveau gouvernemental, je crois que la prime à la naissance du second enfant, dans l’esprit de ce qu’avait fait la précédente équipe Berlusconi, mérite d’être instituée durablement. Non pas que la naissance d’un enfant soit une affaire de sous mais parce qu’il appartient aux politiques de définir des objectifs partagés par tous, de fixer des défis mobilisateurs au pays.

Gérer le quotidien est l’obligation minimale de l’élu, mais oser envisager le futur pour mieux le préparer dès aujourd’hui est l’attribut du politique responsable. Je tiens beaucoup à la définition de la politique comme art de programmer le futur pour faire en sorte que les idées deviennent réalité. Mais pour cela, il faut aimer. Aimer son peuple, aimer sa ville. Et, là encore, je crois à l’importance du processus éducatif dans l’art d’aimer, selon le titre du livre d’Erich Fromm.


(*) En Italie, précise Leonardo Marone, le délire progressiste est allé jusqu’à faire du livre La famiglia che uccide (littéralement « La famille qui tue ») un best-seller…

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